Vous rêvez de travailler à l’étranger ?

Quelques Belges témoignent de la vie professionnelle hors de nos frontières, en Pologne par exemple, ou à New York. Leurs anecdotes vous intéressent ? Lisez-les ici.


25.01.2018

Si certains rêvent d’un boulot à l’étranger, d’autres s’y retrouvent sans l’avoir cherché. C’est le cas d’Olivia, qui travaille à Cracovie, et d’Emilie qui est à New York depuis déjà 9 ans. Comment se passent les pauses-déjeuner en Pologne ? Et est-ce qu’une carrière aux States est vraiment le rêve américain ? Nous le leur avons demandé.

« Schnitzel et soupe aux betteraves dès dix heures et demie »

Olivia Vandesande, Chief Human Resources Officer chez Skelia à Cracovie, Pologne.

Olivia Vandesande

Après trente ans de carrière dans les RH, Olivia avait décidé de ralentir la cadence. « Travailler dur ? Oui, mais la course folle à 70 heures semaine sans reconnaissance, je n’en voulais plus. » raconte-t-elle. « Le hasard a voulu que Skelia, l’entreprise fondée par mon partenaire en 2009 avec plus de 200 collaborateurs, cherche un manager. Il fallait connaître un peu d’IT, gérer les opérations en Pologne et assurer un rôle Corporate RH pour les filiales des autres pays. Et bien que j’aie toujours dit « jamais dans ta boîte », j’ai fini par céder. Trois jours semaines en Pologne ne me disaient pas grand-chose, mais je savais que Cracovie était une ville agréable. Le plus gros inconvénient est toujours la durée du trajet : même si le vol ne dure qu’une demi-heure, le voyage de porte à porte met souvent 6 heures. Généralement, je suis en Pologne du lundi au mercredi et les autres jours je travaille à la maison. Je suis donc une utilisatrice régulière de Skype et de Zoom. »

Une heure ne dure pas 61 minutes

« La législation du travail n’est pas bien différente entre la Belgique et la Pologne. Les travailleurs ont en moyenne 20 jours de congé, tout comme chez nous, et – outre deux jours à choisir librement – les jours fériés catholiques. Au niveau des mentalités, la hiérarchie est plus importante en Pologne que chez nous : le patron décide et les travailleurs gardent leurs remarques pour eux. L’ambiance de travail est informelle, en hiver les gens apportent leurs pantoufles ou des baskets au travail, mais ils sont très ponctuels quand il s’agit des heures de travail. Une heure c’est une heure, et pas 61 minutes. Les gens restent aussi plus facilement chez eux quand ils se sentent patraques et le début d’un rhume suffit parfois à ne pas aller travailler. »

Une cuiller de Nutella en en-cas

« En venant travailler ici, j’ai surtout été surprise des déjeuners. En cuisine, il y a deux énormes frigos américains, un four, trois micro-ondes et un appareil à Panini… et ils sont très souvent utilisés. Les gens ne mangent pas de sandwiches à midi, ici ils mangent chaud : une soupe, des schnitzels et des pommes de terre. Parfois, je vois des collaborateurs manger une soupe aux betteraves avec de l’ail à onze heures et demie. C’est un peu bizarre. Il y a aussi de grands pots de Nutella dans la cuisine, pas pour les tartines, mais à manger à la petite cuiller en guise d’en-cas. »

Négocier le salaire net

Beaucoup d’entreprises internationales ont une filiale en Pologne et il y a beaucoup d’offres d’emploi en ce moment. Souvent, on donne la priorité aux employés polonais avec une expérience internationale et une bonne connaissance de l’Anglais. Les salaires nets augmentent doucement mais sûrement, et sont – dans le secteur IT en tout cas – souvent bien plus élevés qu’en Belgique où il faut supporter la forte pression de l’imposition. Si vous sollicitez un emploi auprès d’une entreprise ou filiale polonaise, gardez bien à l’esprit que l’on y négocie non pas le brut, mais bien le salaire net. »

« L’adrénaline est addictive »

Emilie Vanderkeilen (37) Talent Acquisition & Employer Branding chez Stylelabs à New York City

Emilie Vanderkeilen

« Quand j’ai emménagé à New York il y a 9 ans, j’avais surtout de l’expérience dans le secteur de la mode belge. Etant donné que ce secteur était organisé tout autrement aux States et que cela me tentait moins, j’ai décidé de réorienter ma carrière et de chercher un travail dans une autre branche. En tant qu’étranger, aux États-Unis, il faut passer outre le manque d’expérience sur le marché du travail américain. En plus – et certainement à New York – il y a des centaines de jeunes candidats pour tous les postes vacants, prêts à travailler dur pendant quelques années pour se consolider une expérience valable. C’est comme ça que, moi aussi, je me suis retrouvée à une fonction de développement de business, un boulot très sympa qui m’a permis d’étoffer mes connaissances. Entre-temps, je travaille pour Stylelabs, une entreprise belge avec des bureaux à New York, Philadelphie, Cracovie, Coimbatore (en Inde) et à Bruxelles. Mon lieu de travail reste principalement New York, même si je me rends à Philadelphie presque toutes les semaines. En moyenne, je vais tous les trois mois jusqu’à Bruxelles ou en Pologne pour le travail. »

Hors de la zone de confort

« L’une des grandes différences avec la Belgique, c’est la protection sociale qui est bien moins développée. Quand les gens sont licenciés, ils peuvent se retrouver à la rue en deux semaines seulement. Pas le temps de se laisser aller, il faut retrouver un boulot le plus vite possible. D’une façon ou d’une autre, les gens développent un solide esprit d’entreprise, presque comme un moyen de survie. Les gens osent se lancer et ne pas réussir du premier coup, essuyer un échec, n’est pas du tout considéré comme dramatique. L’apprentissage passe par des échecs, c’est leur mentalité. Et quand une carrière ou une entreprise a du succès, les gens sont sincèrement contents pour vous, et ne sont pas jaloux comme c’est souvent le cas en Belgique. Au travail, les collaborateurs sont plus entreprenants, et les patrons plus généreux, en matière d’opportunités. Surtout à New York, tout est permis et les gens ne s’étonnent plus de rien… c’est très stimulant pour sortir de sa zone de confort. »

Parler et réseauter, toujours plus

« Après neuf années à New York, je suis bien intégrée et j’ai même parfois un peu de mal à m’adapter quand je reviens en Belgique. » (rires) « Au début, j’ai surtout remarqué qu’aux States, les gens sont moins formels et plus communicatifs. Les Belges ne sont pas de grands parleurs, ils ont surtout appris à écouter. Au travail, j’étais concentrée sur mon boulot, j’assurais ma fonction mais sans faire grand bruit. Les Américains par contre, surtout les New-Yorkais, communiquent et réseautent beaucoup plus. Quand il s’agit de changer de travail aussi, cela se fait souvent par le biais de leur réseau. Cela n’a rien de négatif, c’est juste une approche plus personnelle de régler ses affaires. »

Yes, you can

« À New York, la pression est immense et c’est parfois une véritable battle que de se frayer un chemin pour arriver au travail le matin. L’adrénaline de la ville a quelque chose de très addictif. Je n’ai pas de boule de cristal, mais je me vois bien passer encore quelques années ici. Pour les Belges intéressés par une carrière à New York ou aux États-Unis, j’ai encore un conseil : si vous le voulez vraiment, vous y arriverez. Il y a toujours des entreprises qui cherchent. En plus, les Belges sont connus pour leur loyauté et leurs connaissances techniques, deux grands atouts de ce côté de l’océan. »

 

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